dimanche 20 décembre 2009

Entre filles:épisode2: Refuser ce qu'on est

Publié par bella_ragatsa à 06:14
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Ma situation familiale, délicate ne m’a pas suffisamment torturé comme la vraie torture qui m’a causé, mon refus de ce que je suis. Refuser d’admettre que j’étais homosexuelle, refuser d’avoir les yeux toujours, en quête d’une femelle, dans la rue, à la faculté, dans les cafétérias, les centres commerciaux, refuser de rêver tout le temps et de fantasmer sur des femmes.
À une époque, je pensais que c’était juste l’objet d’un fantasme, cette fixation mentale irraisonnée, pour assouvir une pulsion sexuelle, juste pour déguster l’interdit. Mais je me disais aussi que c’était tout à fait naturel de souhaiter de briser la censure sociale et religieuse à certains moments de notre vie ; de vouloir se rebeller, se défouler, juste pour se sentir libre, sentir humain, et non-esclave de toute une mentalité.
Mais que dire d’un fantasme qui ne s’éteignait jamais, et qui devenait de plus en plus intense et persistant, cette pulsion sexuelle, qui te dominait l’esprit et qui ne te laissait te concentrer, à chaque fois que je mets un cahier ou une polycopie sur les jambes, portant sur l’anatomie du corps féminin.
Cette excitation sexuelle, qui s’appointe aux vestiaires, de l’hôpital, quand je regardais des femmes médecins, des infirmières et même des collègues se changeaient, devant moi. Je baisse toujours la tête, en disant que c’est mal sain, de les percer de regard, mais malgré moi, les yeux se levèrent et dévorèrent chaque beauté dévoilée du corps de la femme, bien sculpté, bien fait, sans le moindre défaut, ce corps, qu’on prenait du plaisir à le découvrir chaque fois qu’on le voyait comme un cadeau.
Comme j’étudiais la médecine, j’étais consciente de l’impossibilité de ma guérison qu’il n’existait aucun remède pour ma sexualité ; qu’il était inutile de suivre un traitement psychologique ou autre pour repousser ces tentations incontrôlables, ces tentations qui s’aggravaient de plus en plus. Il m’arrivait même de vouloir sauter une fille, une fille qui me plaisait surtout lorsque je me trouvais seule avec une inconnue, sur l’ascenseur de l’immeuble où j’habitais à une heure tardive le soir, après avoir bu quelques verres gratuitement dans le restaurant où je chantai les weekends.
Et je ne sais pas comment je pouvais me retenir, c’est peut être le fait d’être femme, me fait revenir à la raison, car un homme à ma place, sous la colonisation d’une poussée de testostérone, ne tarderait pas une seconde à le faire.
Mais comme toute homosexuelle refusant son identité sexuelle, je votai pour la solution typique qu’on te conseillerait sans réfléchir ; « sortir avec le sexe opposé », pour essayer de s’auto guérir, d’être sur la bonne voie.
Pour se faire, à mes 20ans, c’était d’ailleurs, lors de ma première année en faculté, je décidai de sortir avec un gars, c’était le propriétaire de la buvette de la faculté. Un mec bien, poli, très gentil, qui ne cessait de me gâter en m’offrant toujours un plus, à ma commande ; une tablette de chocolat, une canette de soda, un croissant bien chaud, lorsque je descendais le matin à sa buvette et une bouteille d’eau lors du déjeuner.
C’était un type formidable, qui a la trentaine, bien foutu, et qui n’hésitait pas à manifester son dévouement pour moi, à chaque fois que je pénétrai sa petite buvette du rez- de- chaussée. D’ailleurs, toute la faculté était au courant pour la « love story » qui s’est imposée malgré moi, et j’ai fini par sortir avec lui ; après tout, je me disais que je ne perdais rien d’essayer avec lui, voir si avec lui une étincelle d’intérêt pour les hommes pourrait naître.
C’était un mec très généreux avec moi, qui m’emmenait toujours aux cafétérias et aux restaurants les plus branchés et les plus chers ; je ne sais pas s’il faisait ça uniquement par amour où il l’était par nature. Mais surtout, on se voyait dans une cafétéria, bien connue le Jasmin ; il me disait qu’il aimait bien l’endroit puisqu’il portait mon nom et qu’il aimait la qualité de service dedans.
Je prenais toujours un cocktail, et lui un café crème. Il était bavard, enfin, trop pour moi, c’est peut-être la conséquence d’être amoureux, qui le poussait à parler tout le temps, à vouloir s’exprimer sans cesse avec sa bien aimée.
Plus il prenait du plaisir à papoter plus je me taisais. Fahmi, avait tout dont rêvait une fille, un grand cœur, et du fric, il n’était même pas mal physiquement, quoi que je n’aimais pas trop son nez bien droit, ni le parfum qu’il mettait.
J’étais souvent présente avec lui physiquement, mais quasi absente mentalement, en buvant mon cocktail de fruit, je voyais toujours ses lèvres se remuer et ses mains, très activement mouvementées, puisqu’il parlait trop avec les mains. Et les yeux toujours, en quête d’une silhouette féminine, jusqu’au jour où mes yeux tombèrent sur une belle fille, assise toute seule, sans compagnon, autour de la table, juste avant la nôtre, et ça tombait bien puisqu’elle se trouvait sur le champ de ma vision. Elle avait mon âge, enfin, c’est ce qui me reflétait son corps et les traits de son visage, bien rond, ainsi que la lueur émanant de son regard.
Et je prenais un plaisir fou à la mater, et à suivre ses moindres gestes, jusqu’à ce que mon compagnon remarque ma divagation.
- Yasmine !
- Oui, je marmottai, frustrée, comme quelqu’un qu’on a surpris en train de faire une bêtise.
Il me dévora d’un regard, inquiet, puis continua.
- Tu me donnes l’impression parfois que je parle tout seul !
- Non, non, je te suis ! dis-je en traçant, un faux sourire.
En croisant les bras, il ajouta de sa voix grave.
- Alors de quoi je te parlai ?
C’était la question qui tue, dont j’ignorai la réponse ; la question piège qui m’a fait avoir.
- Euh, tu me parlais du foot ?
- Non ! puis en allumant une cigarette, je te parlai de ma mère !
- Ah, oui, de ta mère ! puis en mettant ma main sur la sienne, tout en s’efforçant de rire, je voulais te taquiner c’est tout !
Il retira sa main doucement, et d’une voix furieuse.
- Je ne suis pas un con Yasmine ! tu ne me suis jamais quand je te parle ! y-a-t-il un sujet qui te préoccupe ces jours-ci ?
En fuyant son regard sévère, je répondis.
- Non, non il y a rien je t’assure !
- Alors pourquoi je te sens souvent dans un autre monde ?
Puis la fille se mettait debout et passait près de moi. Son parfum, me drogua les narines, et sans me rendre compte, je tournai la tête, et je la suivis du regard jusqu’à ce qu’elle disparaît au milieu de la cafétéria.
- Tu la connais ?
- Pardon ! je murmurai, en rencontrant son regard.
- La fille, qui vient de passer !
- Non, non ! c’est la première fois que je la vois !
- Elle te plait ? me lança-t-il directement, d’une voix perturbée.
- Quoi ? t’es fou ?
Il ma regarda minutieusement, un long moment puis reprit calmement.
- Il y a pas de mal à ce qu’une fille te plaise ! je sais que c’est courant chez les filles ?
- Quoi ? Qu'est-ce qui est courant chez les filles ? m’écriai-je en sentant mes battements de cœurs s’accélérer progressivement.
- Ben, de trouver une fille jolie et de la regarder d’un air séduit !
- Non, elle ne me plaît pas ! c’est juste l’odeur de son parfum qui m’a plu !
Il éclata de rire, et en voulant me taquiner il disait.
- Et l’odeur de mon parfum ne te plaît pas ?
Et comme, je ne savais pas mentir, ni répondre d’une façon diplomate, je me taisais tout en attrapant la paille et en faisant semblant de boire le reste de mon cocktail.
Son rire cessa petit à petit, et l’éclat de son sourire disparaissait. Je le sentais, un peu embarrassé, mais je ne faisais rien pour le mettre bien à l’aise.
Le lendemain, il changea de parfum ; qui sentait bon. Et on se voyait comme d’habitude dans la même cafétéria, l’après-midi. Il me parlait de tout et de rien, et moi comme d’habitude, je cherchai la fille de l’autre jour, et je finis par la trouver. Cette fois-ci elle s’assit, avec une amie à elle, autour de la table, juste à côté de la nôtre. Et je me trouvais obligée, de tourner la tête chaque fois où je voulais lui jeter un regard.
Et soudainement, en tournant la tête, elle leva la face, et nos regards se croisèrent. Tout de suite après, comme électrocutée, je changeai de direction et je mettais à regarder Fahmi, en faisant semblant de suivre ses histoires.
Mais l’envie de la regarder à nouveau me joua des tours, et sans pouvoir me contrôler, en profitant de l’arrivée du garçon, je tournai la tête vers elle.
Comme si elle ne s’attendait qu’à ça, elle regarda dans ma direction, et en rencontrant mes yeux, elle me souriait, un joli sourire, un sourire qui eut de l’effet sur moi.
Le cœur, battant et les joues toutes rouges, je lui souris, puis je baissais la tête, et d’une voix à peine entendue je remercie le serveur, qui posa doucement le cocktail devant moi.
En dégustant à peine son café, Fahmi, bâillait pour la sixième fois, puis en se levant les yeux, très fatigués.
- Je vais me débarbouiller mon poussin, je ne sais pourquoi je bâille tout le temps !
- Tu manques peut-être de sommeil !
- Oui, c’est probable ! dit-il en se levant, puis en me faisant une œillade, je reviens dans deux minutes !
- OK ! dis-je entre les dents.
C’était mon occasion pour regarder largement la fille, inconnue. À peine parti, et en voulant tourner la tête vers la table juste à côté, la fille, se mit debout, je la suivis du coin de l’œil, en pensant qu’elle allait vers les toilettes des femmes, mais à ma surprise, elle se dirigea vers moi, très sure d’elle.
Elle s’arrêta face à moi, et en posant sa main sur la chaise de Fahmi, elle parla, d’une voix douce.
- Salut !
- Salut ! dis-je en ingurgitant avec difficulté ma salive.
En me regardant bizarrement un long moment, elle me demanda.
- On se connaît ?
 

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